
Le petit-fils de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab, ‘Abd ar-Rahman ibn Hassan [1779-1869], ayant grandi et étudié auprès de lui, nous offre une confidence exceptionnelle. Pour rappel, il a affirmé à de multiples reprises que durant les siècles avant l’avènement de son grand-père, plus aucun musulman ne connaissait le Tawhid… [https://www.madhabhanbali.fr/2024/03/21/le-petit-fils-de-muhammad-ibn-abd-al-wahhab-nous-informe-que-personne-ne-connaissait-le-tawhid-durant-des-siecles/]. Passons à présent à ce qui est rapporté de lui :
« Une personne digne de confiance m’a rapporté qu’untel a dit au shaykh ‘Abd ar-Rahman ibn Hassan : “Ô shaykh ‘Abd ar-Rahman, ton grand-père, le shaykh Muhammad [ibn ‘Abd al-Wahhab], est venu avec l’arbre de “La ilaha illa Allah“. Il l’a planté dans la ville d’al-‘Uyayna, mais la terre y était dure et stérile. Il l’a alors transporté à Dar’iyyah, où la terre s’est révélée fertile. Il l’a irrigué par la Da’wa et Muhammad ibn Sa’ud l’a protégé par l’épée, si bien qu’il a fleuri. Mais je vois qu’à votre époque, cet arbre a dépéri.” À cela s’ajoute le fait que le shaykh ‘Abd ar-Rahman ibn Hassan disait [lui-même] : “Si les habitants de Dar’iyyah [de la première génération] nous apparaissaient aujourd’hui, ils nous combattraient.” »
[ad-Durar as-Saniyyah, 6/16]
وقد حدثني من لا أتهم: أن فلانا قال للشيخ عبد الرحمن بن حسن: يا شيخ عبد الرحمن، جدك الشيخ محمد جاء بشجرة لا إله إلا الله، فغرسها في بلدة العيينة، فصارت الأرض صلدة سبخة، فحملها إلى الدرعية، فصارت الأرض خصبة، فسقاها بالدعوة، وحماها محمد بن سعود بالسيف، فأينعت، وأراها في عصركم خوت; هذا والشيخ عبد الرحمن بن حسن يقول: لو ظهر علينا أهل الدرعية لقاتلونا.
Commentaire Qays al-Hanbali : Ce passage est un joyau d’analyse sociologique et historique sur le mouvement Najdi parmi les premières générations. Rappelons à cet effet, qu’Abd ar-Rahman ibn Hassan est lui-même et la génération qu’il incarne, d’un extrémiste dans le takfir démesuré, mais malgré cet état de fait, il admet que ses prédécesseurs, à savoir son grand-père Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab, son père et les premières générations de Wahhabis, étaient d’un takfir et d’une violence encore plus virulent qu’ils ne l’étaient eux-mêmes. Par ailleurs, plusieurs choses se dégagent de ce récit :
Tout d’abord, nous avons l’aveu de l’alliance du dogme et du sang comme déjà mentionné dans notre article sur la première rencontre entre Muhammad ibn Sa’ud et Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab. L’auteur reconnaît ouvertement que la Da’wa n’a pas pu s’imposer par la seule force intellectuelle de la prédication qui a échoué à al-‘Uyayna. Il a fallu que “Muhammad ibn Sa’ud la protège par l’épée” pour qu’elle s’enracine. C’est l’aveu explicite que le succès initial du mouvement a reposé sur la force militaire et la contrainte politique, et non sur une adhésion spirituelle spontanée des masses.
Puis l’interlocuteur reproche au petit-fils du fondateur que l’arbre du Tawhid “a dépéri” à son époque. C’est le syndrome typique des mouvements extrémistes, à savoir que la génération suivante est toujours jugée trop laxiste, trop molle ou trop compromise politiquement par rapport aux fondateurs.
Et enfin, le boomerang du Takfir lorsque ‘Abd ar-Rahman ibn Hassan admet lui-même que la violence doctrinale de la première génération était telle que, s’ils revenaient à la vie, ils jugeraient leurs propres descendants comme des mécréants ou des traîtres et “les combattraient”. La machine à excommunier qu’ils ont créée est si inflexible qu’elle finit inexorablement par se retourner contre ses propres architectes dès qu’ils montrent la moindre once de pragmatisme ou de modération. Qu’Allah nous préserve d’une telle idéologie et qu’Il préserve l’inviolabilité du sang et des biens des musulmans. Amîn.