
Shaykh Hatim al-‘Awni, qu’Allah le préserve, a dit à ce sujet :
Le suivi des « dispenses/facilités » des savants dans le takfir
Il existe le fait de suivre les facilités [rukhaṣ] des savants, et l’on a mis en garde contre cela en disant :
« Celui qui suit [une grande partie] des facilités tombe dans l’égarement. »
Par facilités, ils entendent l’accomplissement des facilités pouvant émaner de certains savants, ainsi que les erreurs avérées qui les amènent à pencher vers l’abandon d’une obligation ou la permission d’un interdit. Mais je ne les ai pas trouvés parler du suivi des excès de sévérité des savants, c’est-à-dire des erreurs non recevables [issues d’un ijtihad non justifié] qui peuvent provenir de certains savants du côté du rigorisme et de l’exagération.
Car les causes qui expliquent les accomplissements des facilités chez certains savants — comme l’inattention, l’oubli ou la prédominance des faiblesses humaines — sont les mêmes qui doivent permettre la survenue d’accomplissement vers l’exagération chez eux. Et de fait, des erreurs de durcissement ont réellement existé chez les savants, et leurs exemples, anciens comme contemporains, ne sont pas cachés.
De même que les accomplissements des facilités sont rares chez le véritable savant, mais existent malgré leur rareté, de même les accomplissements des avis dures et le rigorisme doivent être reconnus : admettre leur existence ne signifie pas qu’ils soient nombreux chez les savants, pas plus qu’affirmer leur rareté ne signifie leur inexistence.
Pourquoi alors ne trouve-t-on pas de discours mettant en garde contre le suivi des positions rigoristes des savants, alors même que leur danger est réel et qu’on les retrouve chez les gens de l’excès à toute époque ?
C’est une question qui nécessite une relecture critique de l’héritage savant. Car rendre licite l’illicite n’est pas plus dangereux que rendre illicite le licite, si ce n’est que les âmes penchent souvent vers la facilité et les désirs. Mais cela ne doit pas nous faire oublier que, dans les époques tardives, la religiosité — en raison d’une mauvaise compréhension — penche davantage vers le rigorisme. On trouve ainsi beaucoup de gens qui sympathisent avec une religiosité dure, la considérant comme de la piété et un surplus de religiosité, tandis qu’ils ne sympathisent pas avec une religiosité de facilité, fondée sur la miséricorde et la clémence, mais la qualifient plutôt de faiblesse religieuse et de relâchement.
La diffusion de ce déséquilibre, sous de multiples formes, rend le danger du suivi des excès plus grave que celui du suivi des dispenses. C’est pourquoi il est nécessaire de mettre en garde contre le suivi des fatwas d’exagération et de rigorisme, comme on a déjà mis en garde contre le suivi des dispenses du laxisme et des passions.
Dans ce contexte, il convient aussi de mentionner que, de même qu’il existe un suivi des erreurs des savants dans la facilitation, et de même qu’il existe un suivi de leurs erreurs dans le durcissement, il existe également un suivi de leurs erreurs dans le takfir et l’exclusion de l’islam.
On voit ainsi certains se réjouir d’une parole de takfir visant un savant ou un auteur — qu’il soit hanafite, malikite, shafi‘ite ou hanbalite — tant qu’elle soutient ce qu’ils recherchent, et la propager, même si les savants de son propre madhab l’ont critiquée, qualifiée d’anomalie et démontré son invalidité.
Ce qui importe pour celui qui suit les glissements du takfir, c’est qu’il ait trouvé quelqu’un qui soit d’accord avec lui dans le fait de déclarer mécréant, exactement comme celui qui suit les dispenses dans la facilitation et les passions.
Parmi les exemples de glissements des savants à ce sujet figure le fait de déclarer mécréant celui qui doute de la mécréance de certains égarés parmi les gens des deux attestations. Tel est le propos attribué à Sufyan ibn ‘Uyaynah, Yazid ibn Harun et Abu Khaythamah, dont les paroles se ressemblent :
« Celui qui dit que le Qur’an est créé est mécréant ; celui qui ne le déclare pas mécréant est mécréant ; et celui qui doute de sa mécréance est mécréant. »
S’ils ont voulu appliquer ce jugement aux individus de manière absolue, alors ils se sont sans aucun doute trompés dans leur takfir, et des imams de la Sunna les ont contredits à ce sujet, comme l’imam Ahmad parmi les anciens, et Shaykh al-Islam Ibn Taymiyya parmi les tardifs, sans même parler du takfir de ceux qui ne les déclarent pas mécréants, ni de ceux qui doutent de leur mécréance. Et s’ils visaient uniquement la mécréance de la doctrine elle-même, leur formulation est fautive de manière certaine, et il n’aurait pas fallu l’énoncer avec une telle généralisation trompeuse.
Il est donc inévitable de reconnaître l’erreur de ces formulations et l’interdiction de les suivre sur ce point.
La parole d’Abu Zur‘ah est plus proche de l’équité lorsqu’il dit :
« Celui qui prétend que le Qur’an est créé est mécréant envers Allah le Sublime, d’une mécréance qui fait sortir de la religion. Et celui qui doute de sa mécréance parmi ceux qui comprennent est mécréant. » ; La précision « parmi ceux qui comprennent » atténue l’erreur de ces généralisations.
Ibn Qutaybah a critiqué ce rigorisme lorsqu’il a dit dans son livre “La divergence sur les termes et la réfutation des Jahmiyyah et des Mushabbihah” :
« L’homme clairvoyant et en quête de vérité a été éprouvé par ces deux groupes, par leur dureté, leurs épreuves, leur sévérité envers ceux qui les contredisent, par le fait de les déclarer mécréants, et même de déclarer mécréant celui qui doute de leur mécréance. »
Parmi les autres exemples de glissements suivis par les extrémistes figure la parole d’Ibn Ḥazm déclarant mécréant celui qui réside parmi les mécréants en situation de domination de ces derniers, s’il est capable d’émigrer. Et d’autres exemples encore, où l’on observe une extension du takfir visant ceux qui doutent de la mécréance de personnes déclarées mécréantes parmi les gens des deux attestations.
Ainsi, si « celui qui suit les facilités tombe dans l’égarement », alors celui qui suit les exagérations dans le takfir et déclare mécréants les musulmans mérite encore plus que l’on craigne pour lui une mauvaise issue, selon la preuve religieuse — textuelle et rationnelle — et non selon de simples ijtihadat de savants. Car le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui dit à son frère : Ô mécréant, verra cet attribut retomber sur l’un d’entre eux deux. »
De plus, déclarer mécréants les musulmans est un crime plus grave que la majorité des péchés dans lesquels peut tomber celui qui suit les facilités. Comment alors le suivi des exagérations dans le takfir ne serait-il pas plus dangereux que le suivi des facilités liés aux passions ?
Et j’aurai bientôt, si Allah le veut, un nouvel article consacré au suivi des erreurs des savants dans le takfir de ceux qui doutent de la mécréance de personnes qu’ils ont déclarées mécréantes parmi les gens des deux attestations.”
Date de publication : 07/11/1435 هـ
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