Madhab Hanbali

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Le prétendu repentir de Shaykh Sulayman ibn ‘Abd al-Wahhab réfuté par les savants et historiens Wahhabis eux-mêmes

As-salamu ‘alaykum wa rahmatu Llah,

La stratégie adoptée par le courant Wahhabo-Salafi pour écarter la problématique du combat armé et de la réfutation du frère de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab, mais également afin de s’épargner toute justification d’une telle situation concernant le Shaykh Sulayman [dont le père a également affirmé qu’il n’était pas satisfait du comportement de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab et que des troubles proviendraient de lui, voir “Suhub al-Wabilah” écrit par le Mufti Hanbali Ibn Humayd], les Wahhabo-Salafis répètent inlassablement que Sulayman se serait repenti et aurait finalement adhéré à la da’wa de son frère. Ils mentionnent pour cela une “lettre de repentir” rapporté notamment par le petit-fils et arrière petit-fils de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab, qui au passage, n’étaient pas vivants lorsque cet évènement se serait produit, sans parler du fait que les témoins et historiens présents durant cette période ne mentionne aucun repentir, bien au contraire.

Le premier texte que nous mentionnerons est celui de l’historien du Najd contemporain à Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab, le dénommé Hamad ibn Muhammad ibn La’bun [1768-1844], il nous rapporte la version suivante : « En 1190 AH, les habitants de Zulfa et Munaykh vinrent trouver le shaykh Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab et ‘Abd al-‘Aziz ibn Muhammad, accompagnés de Sulayman ibn ‘Abd al-Wahhab. Son frère Muhammad et ‘Abd al-‘Aziz l’amenèrent contre son gré et le forcèrent à vivre à ad-Dar’iyyah, subvenant à ses besoins jusqu’à ce qu’Allah le rappelle à lui. » [‘Ulémas an-Najd, 2/352]

Nous constatons ici, qu’il ne fait état d’aucun repentir, au contraire, il mentionne qu’il fut retenu et emmené de force auprès de son frère Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab jusqu’à sa mort…

Nous avons également le savant et historien Wahhabo-Salafi ‘Abdullah ibn ‘Abd ar-Rahman ibn Salih Bassam [1928-2003], qui dans son encyclopédie “Ulémas an-Najd”, recensant tous les savants issus du Najd depuis des siècles, nous parle de son opinion et réfute le pseudo repentir de Shaykh Sulayman, en disant :

“Son attribution [la lettre du repentir] à lui [à Sulayman] n’est pas authentique. Elle lui a été attribuée soit dans le but d’avoir une bonne opinion de lui et d’éloigner le blâme de ses fils, les savants vertueux, soit dans le but de répliquer aux ennemis de la Da’wah qui s’en sont détournés sous prétexte que la personne la plus proche de son auteur [le frère du Shaykh Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab] s’en était désolidarisée, ou pour d’autres desseins encore.

Et mon choix [de privilégier cet avis] repose sur plusieurs points :

Premièrement : Il a lutté de toutes ses forces pour combattre la Prédication Salafi [ad-Da’wah as-Salafiyyah] en s’alliant avec les savants de son époque, et nous n’avons vu aucun d’entre eux revenir [sur sa position]. Et tous les partisans de cette prédication n’étaient autres que les élèves du Shaykh Muhammad, qu’Allah lui fasse miséricorde.

Deuxièmement : Il ne s’est installé à ad-Dar’iyyah que sous la contrainte [malgré lui], comme l’a mentionné Ibn La’bun dans son histoire manuscrite, sachant qu’Ibn La’bun était son contemporain.

Troisièmement : Nous ne lui avons connu aucune activité dans la Prédication [Salafi], car il ne se serait pas contenté de cette simple lettre s’il était véritablement revenu à la vérité.

Quatrièmement : J’ai pris connaissance d’une lettre d’Ahmad At-Tuwayjiri et d’Ahmad et Muhammad, les deux fils de ‘Uthman ibn Chabanah, dont l’auteur mentionne qu’elle émane de ces trois personnes en réponse à la lettre de Sulayman. Cependant, elle contient des éléments prouvant qu’elle a été écrite après la mort du Shaykh Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab, qu’Allah lui fasse miséricorde, alors que la mort de Sulayman n’est survenue que deux ans après celle du Shaykh. Il est donc hautement improbable qu’il soit resté à ad-Dar’iyyah pendant dix-huit ans en gardant le silence sur sa première croyance, alors que son frère était vivant, puis qu’après la mort de son frère, il annonce son retour et son ralliement à l’avis de son frère. Il se peut donc que cette lettre ait été rédigée dans le même but que celui pour lequel la lettre attribuée au Shaykh Sulayman a été écrite. [… après avoir mentionné la prétendue lettre de repentir] Or, le fait que l’auteur implore la miséricorde pour le Shayh Muhammad [en disant “qu’Allah lui fasse miséricorde”] prouve qu’elle a été écrite après sa mort. Si cette affaire [ce repentir et ralliement] avait été véridique, elle aurait eu lieu du vivant du Shaykh et non après son décès. Nous demandons à Allah le Très-Haut de lui pardonner et de nous accorder une bonne fin, Il est certes Généreux et Noble.” [‘Ulémas an-Najd, 2/355-356]

Ibrahim ibn Salih ibn ‘Isa [1854-1924], historien spécialiste du Najd et partisan Wahhabi, ne fait aucune mention de cet incident ni de cette lettre de repentir dans son ouvrage « ‘Aqd ad-Durar » écrit à la demande du dirigeant saoudien ‘Abd al-‘Aziz as-Sa’ud. La seule chose mentionnée est la mort de l’imam Sulayman, c’est tout, il faut noter par ailleurs que cet auteur avait accès aux mêmes sources déjà citées et davantage encore, et n’a pas jugé utile de mentionner ce prétendu repentir.

Idem pour l’historien Wahhabi Muhammad ibn Umar al-Fakhiri [1773-1860] ne rapporte ni lettre ni repentir du Shaykh Sulayman dans son livre « Tarikh al-Fakhiri » [p.145-146]. Comme tous les autres auteurs, la seule déclaration rapportée est celle de la mort de l’imam.

Quiconque lit attentivement et vérifie l’ensemble de la documentation sur le sujet peut constater que les allégations de repentir et de lettre de repentir sont apparues bien plus tard et portent toutes les marques de l’anachronisme, de la révision historique et d’une rédaction grossière. Et Allah sait.

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